Les Maux des Mots

11/05/2022
Les Maux des mots
Les Maux des mots

Il était une fois le jeune Yu-Ling qui, ayant dit des choses fort désagréables sur un de ses amis, alla rencontrer le grand lama. 

En fait, chères toutes et chers tous, bien plus que pour comprendre son erreur, il voulait surtout lui demander quoi faire, pour que les gens cessent de se mettre en colère contre lui et ses paroles délétères.

Une fois son cas exposé devant le grand lama, ce dernier, ayant considéré la question, lui donna un coussin de plumes et lui dit :

  • Si tu veux vraiment te racheter de tes mots qui ont provoqué des maux, alors tu prendras ce coussin de plumes, et tu iras déposer une plume devant la porte de chacune des personnes ayant entendu ce que tu as dis, de ton ami que tu as dénigré.

Le lama, qui allait rependre sa méditation, ajouta alors :

  • Tu reviendras me voir demain et tu me diras le nombre exact de plumes que tu as déposé.

Rassuré de bientôt être libéré, Yu-Ling sortit alors du temple. Et le soir même, comme vous l'imaginez bien, il déposa, comme l'avait demandé le grand lama, une plume devant chaque porte.

C'est là, que le lendemain, comme il était prévu, il revint voir le grand lama pour lui annoncer d'une forte voix :

  • Grand lama, j'ai fait comme vous l'avez dit ! Hier soir, j'ai déposé 118 plumes devant les portes, dans le village et la campagne alentours.

Plein d'entrain, il demanda :

  • Est-ce là toute ma peine pour enfin pouvoir retrouver la paix et la sérénité de toutes et tous ?

Avec un sourire, le grand lama lui répondit :

  • C'est presque le cas ! Et pour ce faire, il ne te reste qu'une seule chose à accomplir !

L'air mystérieux, le vieil homme ajouta :

  • Maintenant, tu te dois de retourner sur le chemin, tu devras ramasser chacune des plumes que tu as déposé hier devant chaque porte et, tu devras toute me les rapporter ! Tu devras me rapporter les 118 plumes.

Le grand lama, qui allait rependre sa méditation, poursuivit alors :

  • Tu reviendras me voir demain et tu me redonneras le nombre exact de plumes que tu avais déposées.

Plus encore rassuré de bientôt être libéré, heureux de savoir que bientôt finira sa peine, Yu-Ling sortit alors du temple.

Et le soir même, comme vous l'imaginez bien, il reprit le chemin en sens inverse pour recueillir les plumes déposées la veille devant chaque porte. Mais hélas, trois fois hélas chères toutes et chers tous, alors qu'il arrivait en vue de la première maison, un vent furieux se leva et une bourrasque fit s'envoler la plume bien loin, très loin de lui ! En fait, même, le vent furieux souffla tant et si fort toute la nuit, qu'il les emporta toutes.

Ainsi, Yu-Ling, le lendemain, revint les mains vide au temple. La tête basse et craignant le courroux du grand lama, il s'avança devant lui l'air bien misérable. Le voyant dans ce lamentable état, le grand lama, avec toujours le même sourire aux lèvres, lui tendit un panier et lui demanda :

  • Tu peux prendre ce panier pour y placer les 118 plumes ?

A ces mots, Yu-Ling répondit d'une voix presque éteinte :

  • C'est que, je n'en ai retrouvé aucune maître ! Voyez-vous, hier soir et toute cette nuit, un grand vent furieux est passé et les a toutes emportées ! Ce n'est pas ma faute mais celle du vent !

Son sourire encore plus ravivé par ces mots, le grand lama le regarda droit dans les yeux et lui dit alors :

  • Mon ami, les paroles, les mots, les gestes sont des plumes et la vie est ce vent furieux !

Devant sa surprise, il ajouta :

  • Comprends bien cette leçon que tu viens de recevoir : quoi que tu fasses tu seras toujours responsable des paroles, des mots, des gestes que tu diras et feras. De même, sache bien aussi, que dès que tu les auras dits ou faits, tu perdras totalement le contrôle des effets qu'ils auront sur ta vie, et sur celle des autres qui t'entourent, et même sur celle de celles et ceux dont tu ignores même l'existence.

Un éclair traversant l'esprit de Yu-Ling, ce dernier acquiesça de la tête.

Le vieux maitre poursuivit :

  • Vois-tu, tu as blessé quelqu'un par tes mots désobligeants. Et même s'il ne l'avait pas su, un jour le mal l'aurait atteint ! En cela, comprends que désormais, tu ne peux plus contrôler l'effet que ces mots auront sur sa vie et sur la vie de celles et ceux qui les ont entendus.

Le grand lama, qui allait rependre sa méditation, objecta alors :

  • Un jour aussi, toutes et tous oublieront qui avait dit ces paroles mensongères mais, ils se souviendront peut-être que tu as qualifié ton de paroles délétères. En cela, comprends que dorénavant ces paroles resteront dans leur esprit, qu'elles soient vraies ou qu'elles soient fausses.

Croisant le regard gêné de Yu-Ling, il ajouta :

  • Saisis-tu maintenant la portée de tes mots, ces mots qui ont provoqué des maux ?

Puis, fermant ses yeux, le grand lama reprit sa méditation, laissant Yu-Ling aux siennes.

Et c'est ainsi chères toutes et chers tous, que Yu-Ling s'en allant la tête basse savait maintenant, qu'il ne pourrait plus jamais réparer l'erreur de ses mots et les maux qui avaient découlé de ces mots.

Et c'est ainsi aussi que se termine ce conte.

Alors ?

Alors chères toutes et chers tous, nous aussi nous ferions bien, parfois, de faire attention que nos mots, ne provoquent des maux.....


Enseignement du très vénérable Thich Nhat Hanh

 "Consciente et conscient des souffrances provoquées par l'exploitation, l'injustice sociale, le vol et l'oppression, je suis déterminé(e) à cultiver mon amour et à apprendre à agir pour le bien- être des personnes, des animaux, des plantes et des minéraux. 

Je m'engage à pratiquer la générosité en partageant mon temps, mon énergie et mes ressources matérielles avec ceux qui sont dans le besoin.

Je m'engage à ne pas voler, à ne rien posséder qui ne m'appartienne pas. 

Je m'engage à respecter la propriété d'autrui et à empêcher quiconque de tirer profit de la souffrance humaine et de celle de tout autre espèce vivante..."