Le plus grand de tous les Miracles

03/03/2022

Il était une fois, au sud du Gange et dans l'actuelle région du Bihar, dans l'ancien royaume de Magadha, l'histoire de trois amis. 

Bien plus que des amis d'enfance, Sadavir, Dipendu, et Bala étaient, tous les trois les disciples du grand sage Chanda. Ce dernier les avait instruits dans la cité de Paliputra et il fondait de grands espoirs en eux.

Toutefois, un jour, il eut le besoin d'éprouver les trois. Et voila comment, de bon matin, il leur expliqua :

  • Mes trois disciples, aujourd'hui vous allez vous rendre dans les montagnes par delà la vallée de Kapûr, jusqu'au monastère de Lohendra. Là, vous y passerez la nuit et vous reviendrez ici dès le lendemain.

Puis, sur ces mots, il leur demanda de partir. Bien entendu, les trois disciples furent un peu surpris !

Toutefois et pour autant, ils se dirent :

  • Notre maître, le sage Chanda, nous a demandé de parcourir montagnes et vallées jusqu'au monastère de Lohendra ! C'est qu'il doit avoir une bonne raison pour cela ? Il veut certainement éprouver les enseignements que nous avons appris de lui ? Nous ne devons pas le décevoir.

Et c'est ainsi que Sadavir, Dipendu, et Bala, prirent le chemin.

Bien sur, ils ne savaient pourquoi ils se rendaient au monastère de Lohendra ! Toutefois, ils s'exécutèrent, persuadés que c'était là une épreuve destinée à les éprouver, vous comprenez ? C'est ainsi, sans plus se poser de question, qu'ils partirent.

Le voyage aller fut des plus silencieux ! Ils marchèrent durant quatre jours et quatre nuits, gravirent les montagnes et parcoururent les vallées sans même se parler. Et ils arrivèrent finalement au monastère de Lohendra.

Seulement, vous voyez, même après qu'ils furent arrivés, ils n'étaient pas plus avancés. Pas le moins, durant tout leur voyage, ils n'avaient trouvé un sens à ce dernier, pour les éprouver, vous voyez. Et encore, ils furent bien plus désappointés, après une bonne nuit de sommeil !

Car oui, même au matin, lorsqu'ils furent sur le point de repartir, ils ne comprenaient pas. Leur maître, le sage Chanda, les avait laissé bien perplexes, en vérité.

Ainsi, c'est donc sans plus d'explications et encore moins de solutions à ce mystère, qu'ils reprirent le chemin de Pataliputra. Le maître ne leur ayant rien demandé, cela rendait la chose bien plus mystérieuse, vous savez.

Or, sur le chemin du retour, après trois jours et trois nuits, soudain, Dipendu, tout en regardant le soleil éclatant dans le ciel, brisa le silence pour s'exclamer :

  • Mes amis, quel est selon-vous le plus grand des miracles ?

Sur cette question, Sadavir et Bala restèrent silencieux ! Et oui, car quoi répondre ?

Ce à quoi, Dipendu ajouta :

  • Vous, je ne sais pas, mais pour moi, le plus grand des miracles serait de marcher sur le feu ! Sans douleur aucune je traverserais un lit de braise pour dominer les flammes.

Subitement enclin à partager l'imagination de Dipendu, Sadavir, tout en regardant le ciel, répliqua :

  • Et bien moi, le plus grand des miracles serait de voler dans le ciel ! Tout comme les oiseaux, je me laisserai porter sur les ailes du vent pour parcourir les cieux.

Finalement, Bala, qui regardait le lac au fond de la vallée qu'ils traversaient, termina :

  • Non mes amis, vous ne comprenez rien à rien, car le plus grand des miracles c'est de marcher sur l'eau ! Parcourir les mers, les océans, les lacs, en marchant sur les eaux, voila le plus grand des miracles.

Sur cela, soudain, les trois disciples haussèrent le ton. Et oui, car vous voyez, pour chacun, le plus grand miracle était le sien ! Pour Dipendu, Sadavir, et Bala, ils avaient raison tous les trois. Et ni l'un , ni l'autre, ni même le troisième, ne voulait entendre qu'il avait tord.

Pour Dipendu, marcher sur le feu était le plus grand miracle !

Pour Sadavir, voler dans le ciel était le plus grand miracle !

Pour Bala, marcher sur les eaux était le plus grand miracle !

Et vous voyez, tout le long du chemin qui restait encore à parcourir, ils se disputèrent, et même violemment ! Tant et si bien, que la dernière partie du chemin, ils ne s'adressèrent même plus la parole. C'est ainsi qu'ils revinrent dans la cité de Paliputra.

Mais voila ! A peine furent-ils rentrés au monastère que les échanges reprirent de plus belle.

Sadavir disait avec fermeté :

  • Tous les enseignements que j'ai appris me montrent que le plus grand des miracles c'est voler dans le ciel !

Irrité par cette affirmation, Dipendu reprit :

  • N'importe quoi ! Tout me montre de part ce que j'ai appris de notre maître, que c'est marcher sur le feu c'est le plus grand des miracles !

Bala, qui ne voulait pas rester en reste, s'écria alors :

  • Vous n'y entendez rien de rien ! Notre maître a été clair dans ses enseignements et vous les avez mal compris ! Le plus grand des miracles, c'est celui de marcher sur l'eau.

Et à ces mots, ils repartirent dans une farouche diatribe qui les opposait les uns aux autres. C'est là que subitement, une voix familière déchira la force de leur dispute :

  • Pourquoi cette rivalité, pourquoi cette querelle ?

Reconnaissant cette voix entre mille, ils se retournèrent ! C'était celle du grand sage Chanda qui venait d'apaiser leur propos courroucé. Un peu ennuyé qu'ils fussent surpris à se quereller ainsi, Sadavir prit alors la parole d'un ton ferme :

  • Maître, lorsque nous étions sur le chemin du retour, nous nous sommes posés la question de savoir ce qu'était le plus grand miracle. Pour moi, c'est celui de voler dans le ciel bien sur, c'est évident !

Contrarié par cela, Dipendu répliqua :

  • Sadavir dit n'importe quoi ! Je me suis aussi posé la question et pour moi, le plus grand des miracles c'est celui de marcher sur le feu, bien entendu !

Bala, qui se sentait vraiment blessé par ces mots, s'exclama :

  • Tout cela est faux, archi-faux ! Moi aussi je me suis posé cette question et la réponse est claire : le plus grand des miracles, c'est celui de marcher sur l'eau ! Cela est le seul miracle qui vaille la peine.

Tout en les regardant, le grand sage Chanda resta un moment silencieux.

Quand soudain, partant dans un fou rire sans nom, tout hilare de ce qu'il venait d'entendre, il objecta :

  • Toi Bala, tu parles que le seul miracle c'est celui de marcher sur l'eau ! Toi Sadavir, tu me dis que le seul miracle c'est celui de voler dans le ciel ! Et toi Dipendu, tu me dis que le plus grand des miracles c'est celui de marcher sur le feu, c'est bien ça ?

Les trois disciples lui montrèrent qu'ils étaient en accord avec ces mots. Ce à quoi, tout en s'éloignant d'eux et en riant, le vieux sage répliqua :

C'est très bien ! Mais avant de marcher sur l'eau, avant de voler dans le ciel, et avant de marcher sur le feu, pour ma part, je pense que le plus grand des miracles c'est celui de marcher sur terre, déjà, vous ne croyez pas ?


Et c'est ainsi que se termine ce conte.


Alors ?

Alors chère toutes et chers tous, bien évidemment, Sadavir, Dipendu, et Bala, sur ces paroles pleines de sagesse, reprirent leurs esprits, vous voyez !

Marcher sur la terre était déjà un grand défi, le plus grand même de tous, et le plus grand des miracles aussi.

Quand à nous, que faut-il retenir de ce conte ?

Et bien, tout simplement, qu'avant de voler dans le ciel, qu'avant de vouloir marcher sur l'eau, qu'avant de vouloir marcher sur le feu, il nous faut déjà commencer par marcher les pieds sur terre, vous comprenez ?

Et oui, car apprendre à vivre en conscience les choses les plus simples, c'est cela le plus grand de tous les miracles ! Et en cela, le véritable éveil, c'est celui de vivre en pleine conscience chaque instant des gestes de notre quotidien...



Enseignement de sa Sainteté Tenzin Gyatso - XIV Dalaï-Lama

"Se considérer comme supérieur aux autres, c'est être soi-même son pire ennemi et aller droit à la ruine. Le mal, la peur et la souffrance qui règnent dans ce monde ont une même origine : l'attachement au "Moi". 

Mais l'esprit est en perpétuel devenir. Aussi, peu importe l'intensité de l'émotion perturbatrice : il y a toujours un moyen de changer, la transformation est toujours possible. Faire un effort, voilà ce qui vaut réellement la peine. 

Alors, le simple fait de donner ne constitue pas une pratique de générosité, et certains critères doivent être respectés. Il ne faut jamais déprécier la personne qui sollicite votre aide. Il convient au contraire de voir en elle un enseignant qui vous offre la possibilité de développer votre générosité..."