L'arbre aux milles écus  

11/02/2022

Il était une fois au cœur de la cité Impériale de Pékin, un arbre qui trônait, dans une petite cour intérieure, au centre du palais. Alors certes ce n'était qu'un arbre, me direz-vous ! Pourtant, celui-ci était le plus connu, le plus réputé, le plus estimé.

Son nom ne vous dira rien, mais sachez tout de même que cet arbre portait le nom de Yínxìng, l'arbre aux mille écus.

C'était un Ginkgo Biloba tout ce qu'il y a d'ordinaire ! Il avait un tronc, des racines, des branches, des feuilles, comme tous les autres arbres. Bref, dans la simple apparence, il n'avait rien d'extraordinaire. Cependant, s'il avait été planté là, par le père du père de l'Empereur Zheng, c'était pour une très bonne raison.

La raison ?

Et bien, la raison chères toutes et chers tous, c'était que cet arbre, avait la particularité d'être très sensible, d'une sensibilité que l'on disait même extrême.

De près ou de loin, sans vraiment participer aux évènements de l'Empire, il ressentait toutes les émotions qui s'en dégageaient. Or, à ce moment précis ou se déroule notre histoire, Yínxìng, l'arbre aux mille écus, était très perturbé. D'abord, et pour vous expliquer, il y avait la grande et profonde rivalité entre le général Yang et l'Empereur Zheng. Sous couvert des apparences, les deux hommes se cherchaient querelle, se menaçaient par messagers et subtils messages.

Et oui, car l'un aurait bien voulu destituer l'autre, le renverser du trône sur lequel il était installé.

Sous couvert de la bonne moralité et de la bienséance, par des mots choisis, doux mais tranchants comme une lame, ils se querellaient régulièrement sous les feuilles de Yínxìng. 

Le pauvre, comme vous l'imaginez, en était tout retourné ! A chaque fois, il en avait ses feuilles toutes secouées. Ce flot de colère aimable mais acéré, à chaque fois, c'était beaucoup trop pour lui !

Puis il y avait aussi, sous ses branches, les régulières disputes et chiffonneries de l'Impératrice et de la seconde épouse. Là, aussi, Yínxìng, l'arbre aux mille écus, était très perturbé. Tout près de lui dans le petit jardin, elles venaient persifler l'une contre l'autre.

C'était un affrontement de mots ! Des mots cinglants qui claquaient comme des coups de fouet. Des coups de fouet que recevait le tronc de Yínxìng.

Sans rien dire il endurait !

Et puis, il y avait aussi les deux fils de L'Empereur Zheng. Eux aussi venaient s'affronter près de l'arbre aux mille écus. L'un postillonnant des injures très grossières contre l'autre ! L'autre dont la jambe s'agitait de plus en plus, prêt à dégainer un magistral coup de pied. Et le coup partait ! D'une violence inouïe, frappant le premier ! Le premier qui encaissait mais ripostait aussitôt ! C'est ainsi que les deux fils de l'Empereur venaient régulièrement à se battre sous les feuilles de Yínxìng.

Le pauvre arbre perturbé par tant et tant de violence, sentait sa résine à l'intérieur de lui, battre à grands coups.

Amer, il pensa :

  • Les hommes, les femmes, les enfants, ne vont-ils donc jamais s'arrêter de se battre ?

Ainsi pensait l'arbre aux mille écus.

Mais un jour, il en eut assez et décida de réagir. Oh, bien sûr, il ne pouvait pas prendre son bâton de pèlerin, et entamer une marche pour la paix. Non, il était seulement un arbre, et un arbre ne bougeait pas. Toutefois, malgré cela, il décida quand même de mener une action.

Laquelle, chères toutes et chers tous ?

Et bien, en vérité, il avait décidé de tout simplement transformer ses feuilles.

Aujourd'hui, en forme de palme, pour se faire entendre, il avait décidé de modifier leur dessin. C'est là qu'il travailla sa résine pour qu'elle tisse un nouveau modèle. Bien entendu cela lui prit du temps mais, ce n'était pour un arbre comme lui qui pouvait vivre plus de mille ans.

Et voila comment le jour arriva, ou les hommes, les femmes et même les enfants, se turent devant Yínxìng, l'arbre aux mille écus.

Plus de querelles, plus de conflits, plus de rivalités, plus de disputes, juste de la stupéfaction.

Les feuilles de l'arbre avaient changé. Avant en forme de palme, elles étaient toutes désormais en forme de cœur.

Et attention chères toutes et chers tous, quand je vous dis en forme de cœur, ce n'étaient pas des cœurs approximatifs, mais des cœurs parfaits, des feuilles en forme de cœur.

Le temps avait passé depuis le moment ou il avait décidé de se rebeller mais, enfin il y était arrivé.

Il pouvait montrer aux hommes, aux femmes et aux enfants, son action contre leurs querelles, leurs conflits, leurs rivalités, leurs disputes.

Le monde avait un peu vieillit mais pas lui !

Alors, quand l'Empereur Zheng et le général Yang arrivèrent sous ses feuilles, portés par leur bâton de vieillesse, mais aussi toujours transportés par l'animosité, même après toutes ces années, Yínxìng, l'arbre aux mille écus su que le moment était venu pour agir, vraiment.

Courbé par le poids des ans, toujours aussi véhément, le général Yang regarda l'Empereur vieillissant qui était tout autant courbé que lui. Là, levant le bâton de vieillesse, il l'apostropha par ces mêmes mots tranchants comme une lame, ceux là mêmes qu'il avait prononcé autrefois :

  • Ta mort est proche mon ami ! Bientôt je pourrai regarder ta dépouille en bas de l'escalier du Palais de la cité. Alors, levant la tête, je regardais cette première marche de laquelle je t'aurais poussé.

L'Empereur Zheng avait peut-être sur ses épaules le poids des ans, son audition n'était peut-être plus ce qu'elle était, mais il avait très bien entendu, et même reçu, les mots acerbes et tranchant du général Yang.

Tout en levant son bâton de vieillesse vers lui, il contre-attaqua :

  • Ne crie pas victoire trop vite, mon ami ! Avant que je rende mon dernier souffle, le poison pourrait bien faire en sorte que tu ne trépasses avant moi. Méfie toi bien de ce que tu manges et de ce que tu bois ! Car si par grand malheur, un malheur t'arrivait, c'est moi qui regardait ta dépouille en bas de l'escalier du Palais de la cité.

Ne pouvant pas en supporter plus, malgré leurs vieux os, le général Yang et l'Empereur Zheng se firent face, bien décidé à se battre.

Et c'est à ce moment là chères toutes et chers tous, à ce moment précis que, décidant qu'il était temps de passer à l'action, Yínxìng, l'arbre aux mille écus lâcha sa première feuille en forme de cœur.

Elle se décrocha de tout en haut de son feuillage, et tomba juste devant eux, devant leurs pieds.

Une autre vint à chuter sur la tête de l'Empereur Zheng, puis encore une qui tomba sur le visage du général Yang.

Constatant la forme de la feuille, au début perturbé, l'Empereur Zheng, touché par l'illumination provoquée, tout en prenant la feuille dans ses mains, se calma presque aussitôt.

Mais voila !

Voila que malgré la feuille tombée sur son visage, le général Yang n'était pas calmé. Pire encore, de son bâton, il était prêt à frapper.

Alors, voyant cela, Yínxìng, l'arbre aux mille écus fit pleuvoir sur eux, une pluie de feuilles en forme de cœur.

Immédiatement, surpris par cette pluie de cœur, la colère du général Yang tomba.

Les deux hommes se regardèrent alors, puis considérant les choses sous le regard du cœur, en regardant ces milliers de cœurs, toutes leurs rancunes s'estompèrent et s'effacèrent, comme si elles n'avaient jamais existé.

Mieux encore, au début il se serrèrent la main, puis bientôt ils se prirent dans les bras, l'un de l'autre.

Toutes leurs querelles leur paraissait maintenant tellement insignifiantes, qu'il ne comprenaient pas comment durant presque toute une vie, ils s'étaient affrontés au lieu de devenir des alliés.

Les feuilles en forme de cœur, avait touché le leur, et l'arbre aux mille écus en était plus que satisfait. Alors, touché par ses retrouvailles de cœur qui avaient sonné la paix et fait cessé la guerre, Yínxìng demanda au vent de souffler. Et le vent souffla, comme il l'avait demandé, emportant avec lui dans les airs, dans tout le pays, et même au delà des océan, les feuilles de cœur.

L'humanité en avait bien besoin et l'arbre aux mille écus avait tellement de cœur à partager.

Telles des pansements de l'âme, on dit encore que ces feuilles de cœur, quand elles touchaient une personne ou un autre, calmait les blessures les plus profondes, les histoires les plus anciennes.

Et c'est ainsi que ce termine ce conte.

Alors ?


Alors chères toutes et chers tous, Yínxìng, l'arbre aux mille écus fut le premier arbre qui initia les actes d'amour envers les hommes.

Plus tard, les autres arbres, apprenant ce qu'il avait fait, se convertirent à leur tour.

Certes, tous ne purent pas faire des feuilles en forme de cœur mais, ils décidèrent que leurs feuilles soient désormais chargées de tendresse et d'amour envers l'humanité.

Alors surtout, n'hésitons pas à planter des arbres.

Toi, moi, nous, vous, aussi, avec un peu de chance, nous bénéficierons d'un arbre aux feuilles de cœur.


Un arbre qui changera peut-être le vôtre..., le nôtre... Qui sait !



Enseignement de Ringou Tulkou Rinpoché

"C'est en réfléchissant, en observant, en réalisant que tout change, tout le temps, moment par moment, chaque jour, chaque instant est un changement. Alors la question qu'il faut se demander est "qui suis-je" ? 

Il faut finalement comprendre que ce que nous sommes c'est quelque chose qui change tout le temps. Aujourd'hui, les scientifiques savent que biologiquement notre corps change tous les sept ans, chaque cellule de notre corps étant remplacée au maximum tous les sept ans et certaines le sont bien plus rapidement. Donc après sept ans, plus une seule de nos cellules est la même. 

Souvent nous pensons que nous sommes exactement le même qu'il y a cinquante ans mais en réalité nous sommes totalement différents. 

Ce que l'on peut comprendre c'est que nous ne sommes qu'un processus, un continuum et que ce que je suis n'est pas une chose mais un processus, un changement perpétuel vous voyez..."