L'ancien qui était manitou

17/12/2021


En ce temps là vivait un écureuil manitou.  Des iroquois passèrent, et il se changea en vieil Indien. 


  • Je suis malade..., j'ai mal partout..., amenez moi au campement.

On le chassa. Au dernier wigwam, la peau se souleva et une jeune fille l'accueillit, tira une fourrure près du feu, remplit une écuelle de soupe chaude et souffla dans son dos pour le réchauffer.

  • Comment est-ce possible ? Il y a ici un être humain qui sait donner un sourire, sa chaleur, qui partage sa soupe avec un vieux débris ? Que tes parents soient honorés et ton wigwam soit sous la protection de Rawero !

La jeune fille, intimidée, cacha son visage.

  • J'ai reçu le nom de Mi-Ti-Li.

Elle promit de lui faire le lendemain une paire de mocassin fourrés.

  • On verra ça !

Au matin, il était comme mort, ne pouvant plus bouger : des tumeurs rongeaient sa peau. Il n'avait pas digéré, sa vessie ne pouvait plus se vider.

  • Soigne-moi Mi-Ti-Li, va sur la colline. Trouve un bouleau jaune, ramasse écorce, feuilles, bourgeons, racines, sassafras.  Si tu croises des toupillons de peupliers qui volent dans le vent, ajoute-les à ta récolte de plantain.

La jeune fille obéit, revint chargée, composa les recettes du vieux mourant. Après quoi, il but de la bière de racines, respira les vapeurs, reçut les onguents et des compresses de bouleau. Le soir, l'estomac libre, la peau lisse et la vessie vidée, il aval tout le potage. 

Le lendemain, la tête de l'ancien était enflée, ses yeux hallucinés ne voyaient plus rien... Mi-Ti-Li pensa qu'il avait attrapé la grande fièvre noire. De ça, on ne guérit pas...

  • Va dans la prairie, cueille des pissenlits bien dodus. Ramasse l'herbe de l'aurore. Fais trois brassées de millefeuille, trouve un chardon et une poignée de violettes.

La jeune fille revint et composa les recettes. Après quoi, le vieux but, inhala, reçut onguents, sirop de sève, mâchonna la mélasse... Le soir, il était frais et rose. 

Mais à l'aube, il se cassa la jambe, se fêla une côte et se brisa le poignet.

  • Epinette noire, aiguilles en spirales, de la sauge, un plein panier !

Le soir, il fit un pas de danse...

Ainsi, toutes les saisons passèrent, et avec elles, les maux retors, ponctués de tisanes, bières, sirops, fumigations, bains de framboises, de bouillons blancs, d'églantiers. Il attrapa pustules, max d'oreilles, vertiges, rhumes divers, angines, gangrènes, coup de chaud et de froid... Il fut gros comme une outre..., maigre comme un coucou... Il fit tout ce qu'un homme peut faire quand l'équilibre n'est pas là. Elle, patiente, vint à bout de tout.

Alors, un matin, il se leva guilleret.

  • Tu m'as bien soigné, Mi-Ti-Li. Te voilà guérisseuse !
  • Mais, qui es-tu Grand-père, pour avoir supporté tant de tourments et y survivre ?

Il eut un air très doux et indéfinissable. En sortant du wigwam, il murmura :

  • Je suis un Manitou, petite.

Puis il se changea en écureuil et disparut dans la lumière.


Conte iroquois, Patrick Fischmann, passeur d'images qui prends soin du monde.