Fable : l'Âne & le Tigre

03/03/2022

Un âne dit à un tigre : "Regarde, cette herbe est d'un beau bleu..."  Le tigre répond : "Tu veux dire, d'un beau vert !" ...


De là débute une conversation houleuse sur le point de basculer en dispute. Alors, l'âne et le tigre décident de soumettre leur désaccord à l'arbitrage du roi de la jungle. Tous deux entament un voyage à la rencontre du lion ! Mais bien avant d'atteindre la clairière où le lion se repose, l'âne se met à crier :

  • Votre Altesse, n'est-ce pas que l'herbe est bleue ?!

Le lion lui répond :

  •  Effectivement, l'herbe est d'un beau bleue !

L'âne se précipite vers le roi et insiste :

  • -Le tigre n'est pas d'accord avec moi, il me contredit, c'est agaçant. Pourriez-vous le punir pour cela ?!

Ce à quoi le lion répond favorablement :

  • -Tout à fait ! Le tigre sera condamné à 3 ans de silence ! 

L'âne se met à sauter et repart en répétant joyeusement :

  • L'herbe est bleue ! L'herbe est bleue ! J'avais raison !

Le tigre accepte sa punition, mais demande tout de même une explication :

  • Votre Altesse, pourquoi m'avoir sanctionné ? Après tout, l'herbe n'est-elle pas verte ?

Ce à quoi le lion répond :

  •  En effet, l'herbe est bien verte !

Surpris, le tigre demande :

  •  Alors pourquoi me punissez-vous ???

Morale colportée :

Le lion explique :

Cela n'a rien à voir avec la couleur de l'herbe. Ta sanction est due au fait qu'il n'est pas acceptable qu'une créature aussi intelligente et courageuse que toi ait pu accepter de perdre son temps à discuter avec un fanatique dont l'esprit ne se soucie ni de la vérité ni du réel, mais seulement de la victoire de ses illusions et de ses croyances. Ne perds plus ton temps à réfuter des arguments qui n'ont aucun sens... Certaines personnes, quelles que soient les preuves qu'on pourra leur présenter, ne seront pas en mesure ni de les accepter ni de les comprendre. D'autres, aveuglés par leur ego, leur frustration ou leur ressentiment, ne souhaiteront qu'une seule chose : Avoir raison !

  • Alors, cher tigre, n'oublie jamais ceci :

« Lorsque l'ignorance crie, l'intelligence se tait ! »

Ta paix et ta tranquillité n'ont pas de prix !...    


Fable complotiste...

Morale véritable : Cela suggère un monde sans prédateurs. Le Lion ou le Tigre finiront bien par dévorer l'âne complotiste et puis c'est tout !

Morale définitive : Ne lisez que les Fables sourcées ! La source de cette fable c'est Jean de la Fontaine : LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE !


Les animaux malades de la Peste

Second recueil dédié à Madame de Montespan, Livre VII, Fable 1

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger. Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Jean de La Fontaine (1621-1695), Fables, 1678-1679.