Au-delà des sons, le message au Divin…

12/07/2022
AWEN
AWEN

Au-delà des sons, le message au Divin...

Il y a des sons qui sifflent comme des serpents,

Il y a des sons qui claquent comme des fouets,

Il y a des sons qui résonnent comme des coups de tonnerre,

Il y a des sons qui ouvrent les portes du Divin.

Dans cette étude succincte, j'ai voulu mettre en relation différents sons sacrés que l'on connaît tous :

le son « AOM / AUM » et le son « AWEM ».

Cette recherche m'a emporté sur bien des sentiers et certaines précisions m'ont permis de mieux comprendre le sens sacré de ces sons et d'aborder dorénavant le chant de « l'AWEN » comme une clef vers le monde de l'Esprit de l'Inspiration.


LA PHYSIQUE DES SONS

Voici quelques petits rappels techniques :

  •  L'onde : est une surface (ou ligne) où se produit une vibration qui se propage suite à une mouvement. Lancer une pierre au milieu d'un étang... A partir du point d'impact à la surface, se créé alors des vagues concentriques se propageant jusqu'au rebord de l'étang. L'impact a communiqué de l'énergie à l'eau, la mettant en mouvement créant ainsi une onde.
  •  Le son : est une onde perçue par l'ouïe. C'est une onde de compression car elle agit sur la densité de l'air en faisant varier sa pression. C'est ainsi que l'onde sonore se déplace.
  •  L'onde sonore : elle se propage en sphère, à 300 mètres par seconde. Plus l'air vibre rapidement, plus le nombre d'ondulations va être important : c'est ce qu'on appelle la fréquence.
  • La fréquence : une onde est symbolisée par une succession de vagues. La distance entre deux crêtes ou deux creux , en une seconde, s'appelle la fréquence qui est notée en Hertz (Hz).

En fréquence sonore, la note « LA » fait 40 Hz, elle vibre donc 40 fois en une seconde.

Plus il y a de fréquences sonores, plus le son est aigu. Moins il y a de fréquences sonores, plus le son est grave.

Sous la fréquence de 20Hz il y a les infrasons, au-dessus de 20000 Hz il y a les ultrasons. L'oreille humaine entend entre 60 Hz et 15000 Hz en général.

  •  Le chant : est l'utilisation du son la plus élaborée, comme la musique.
  • Le silence : est juste l'absence de bruit. Le silence naturel est fait cependant d'une infinité de sons presque inaudibles, mais habituellement couvert par le bruit.

Rappelons nous aussi que tout dans l'univers est composé d'énergie, de vibrations, de sons, d'oscillations audibles et inaudibles ; et que le support de son, l'air, est celui que nous respirons...


LES SONS SACRÉS

GÉNÉRALITÉS

Quels sont les sons que nous pourrions prononcer si nous étions incapable de parler ? On utiliserait alors les trois sons suivants : le son « A », le son « O » et le son « M». En utilisant notre langue, nous pouvons alors produire tous les sons que l'on veut. Un peu comme les trois couleurs primaires (ondes visuelles) qui permettent de créer toutes les autres couleurs.

Les sons « A », « O » et « M » sont donc les sons universels

Ensemble on obtient le son « AOM » qui est le son de base de notre existence physique.

Le son « AOM », au fil du temps, a été déformé en fonction des influences linguistiques et culturelles.

En écoutant suffisamment le silence, on peut donc entendre le son primordial de la création. Notre 6ème sens perçoit alors un ultrason, avec une fréquence aigue et un rythme très rapide.


LE SON « AOM »

Avec le temps et les influences linguistiques, le son « AOM » est devenu le son « OM » en Inde. Le son « O » est une diphtongue qui s'écrit « AU » et se dit « AO ». Le son « AOM » est le plus connu, comme le mantra, « AUM ».

Il en existe nombre de niveaux d'interprétations, voici les principaux :

  • Le « A » représente le commencement,
  • Le « U » symbolise la vie, la concentration,
  • Le « M » symbolise la fin, la mort, le retour.
  • « AOM/AUM » serait donc le premier son originel qui permet la création de l'univers, il représente le murmure de l'Univers. Sa répétition met en harmonie avec la conscience universelle.
  • « AOM/AUM » est composé de 3 courbes indiquant l'état de veille (conscient), l'état de rêve (subconscient) et l'état de sommeil sans rêve (l'inconscient). Le point contient toutes les informations, comme une empreinte. Le croissant de lune symbolise l'énergie créatrice qui va générer la manifestation.

Le son « AUM » est le moyen par lequel la conscience peut se manifester dans le monde matériel. Le point et le croissant de lune réunis symbolisent la relation entre le fini et l'infini, la partie et la totalité, l'individuel et le tout, le temps et l'éternel.

  • Le son « AUM » représente également les 4 éléments :  le feu, l'air, l'eau et la terre.
  • « AUM » représentent la divine trinité, le Grand Tout qui se manifeste selon 3 émanations : Brahma, Vishnu, Shiva, la Trimurti indienne.
  • « OM » est une syllabe sacrée en sanskrit. Le son « OM » représente en lui-même l'Omniprésence, l'Omnipotence et l'Omniscience de l'Intelligence Divine. Dans les textes sacrés « les Upanishad » il est dit que le « OM » est l'arc, l'Âme est la flèche et l'Eternel est la cible ! Le symbolisme de « OM » se rapporte à la dimension le plus spirituelle de l'homme : son Âme elle-même. Aussi, le son « OM » est associé à la glande pinéale qui stimule son activité physiologique et psychique.


Comment chanter le son « AOM/AUM » ?

En ouvrant la bouche, on dit le son « Aaaa » ; en fermant doucement la bouche, ça devient le son « Oooo » ; puis en fermant complètement la bouche, ça devient le son « Mmmm ».

Quand le son « AOM/AUM » résonne en nous, ça commence juste en dessous du nombril et ça se termine au bout de notre nez.


Précisions intéressantes :

1) Dans le langage des oiseaux, la lettre « A » symbolise le principe, l'unité. « A » propulse sa force créatrice (le Père) dans une alternance (vague de l'onde) ; « A » indique la brisure première du Tout-non-manifesté par le dualisme (les deux bras / \ ) et la trinité (chiffre 3). Son graphisme triangulaire ∆ montre que le Tout/Dieu est à la fois Trinaire et Unique. « A » par sa forme est le hiéroglyphe de la chute hors du Tout Principe manifesté. Le « a » minuscule a un graphisme faillant jaillir l'énergie par la base hors du Tout « o » créant ainsi la plénitude sur la terre à partir du ciel.

2) Le chiffre « 3 »

On retrouve très souvent dans les explications des sons sacrés, le chiffre « 3 » et ses symboles associés. En voici quelque uns :

  • Osiris - Isis - Horus
  • Le Père - le Fils - le Saint-Esprit
  • Le Yang - le Yin - le Tao , base de la médecine traditionnelle chinoise
  • Vita - Pitta - Kapha , les Doshas de la médecine Ayurvédique
  • Le soufre - le mercure - le sel, en alchimie
  • Jupiter - Junon - Minerve, triade de la religion romaine
  • Les racines - le tronc - le feuillage
  • Le monde souterrain, d'en bas - le monde intermédiaire, du milieu - le monde céleste, d'en haut
  • L'apprenti - le compagnon - le Maître

Et pourquoi pas : Padawan - le chevalier Jedi - le Maître Jedi !

Ce chiffre « 3 » est sacré dans de nombreuses traditions, et on le retrouve dans le symbole du Tribann : Tri / trois + Bann / rais, rayons qui convergent vers le sommet.

L'on peut y voir trois chemins, trois rayons de soleil...

  • Le premier rayon en partant de la gauche (/) désigne l'Amour.
  • Le deuxième rayon(|), vertical, désigne la Connaissance et
  • le troisième rayon (\) désigne la Vérité.

Trois sonorités furent accordées à chacun des rayons par Edward Williams*.

  • Toujours en partant de la gauche, au premier rayon (/) fut donné le son « O », symbole de la mère, du principe féminin, de l'eau,
  • Le son « I » fut donné au rayon central (|), symbolisant le père, le principe masculin, le feu,
  • le son « V » au troisième (\), symbole du centre, de l'air.

Cependant, ce serait pure élucubration, précise Michel Gérald Boutet ! L'idée étant peut-être de forger quelque chose d'analogue à l'YHWH hébraïque...

En remontant au Coelbren primitif, le sens véritable du Tribann se lit :

  • « / \ » exprime le son « A », le symbole étant la voûte
  • « | » exprime le son « I », le symbole étant le pilier, la colonne, le trait
  • « /|\ » exprime le son « M », la voûte et le soutient.

D'où le vocable : « AIM » !...

* Edward Williams (1747-1826) alias Iolo Morgannwg a écrit les manuscrits bardiques (les Barddas), œuvre qui est encore jugée par de nombreux spécialistes comme frauduleuse, détournant d'antiques textes gallois en une transcription reformulée en gallois moderne, en les modernisant et en les christianisant.


LE MOT « AMEN »

Quand j'ai décidé de commencer à étudier le druidisme, j'ai été très embêté par le son « AWEN ». Issue d'une famille chrétienne et ayant été tenue de suivre durant de nombreuses années la religion catholique, (aujourd'hui reniée), j'ai malgré tout gardé certains réflexes, et le son « AWEN » ressemblait trop au vocable « AMEN », trop souvent répété... sans vraiment le comprendre.

Je me suis même demandé alors si le « W » de « AWEN » n'était pas renversé pour remplacer le « M » de « AMEN » ...  Aussi, j'ai décidé de faire quelques recherches à ce propos.

Nous avons vu que le son primordial serait le son « AOM » mais qui, selon les cultures et traditions, est devenu :

  • « AUM » ou « OM » dans l'hindouisme et le bouddhisme
  • « AMUN/AMON » dans l'ancienne Egypte
  • « AMINE » en arabe, prononcé usuellement à la fin de la récitation de la première sourate du Coran
  • « AMEN » dans le judaïsme et le christianisme, et chez les anciens Francs-Maçons pour clôturer les rituels.
  • « AMEN » tel que l'on connaît, est un mot latin, issu du mot hébraïque « āmēn » signifiant « qu'il en soit ainsi » ou « c'est ainsi ».

La racine hébraïque du mot « Amen » dans la Torah signifie « appui ». Quand on répond « Amen » à quelqu'un ou à une hymne liturgique, on dit en fait : « je trouve mon appui en ce qui vient d'être dit ».

Dans les Ecritures, ce mot est utilisé au sujet de Dieu, et signifie alors : « mon appui principal et fondamental est en Dieu. » Le mot « āmēn » hébreu exprime les notions de solidité, de permanence et de sincérité.

Donc, le mot « AMEN » vient attesté de la solidité, de la vérité de ce qui est affirmé !

A la différence des mantras hindouistes ou bouddhistes, l'invocation « AMEN » ne fait pas l'objet d'études sonores et physiologiques. Ce mot n'est ni psalmodié ni chanté.

Le mot « AMEN » est juste une conclusion !

Rien à voir avec le mot « AWEN »


SON « AWEN »

Ce mot gallois est bien difficile à traduire !

« AWEN » est la forme tardive du mot gallois médiéval « AGUEN ». Ce mot servait à désigner le principe de l'inspiration poétique. Dans l'antiquité celtique, ce terme avait un sens bien plus large. « AGUEN » étant la déformation « d'AUENTIA » qui signifiait loyauté, droiture, inspiration (mentale). La déesse Auentia est connue en tant que Muse des poètes. On retrouve aussi les mots « Auela » signifiant le souffle, « Auetos » signifiant le vent.

Selon le dictionnaire gallois du XIX éme siècle, « AWEN » est formé de deux mots :

  • « AW » qui signifie l'écoulement, le fluide
  • « EN » qui signifie le principe vivant, l'Être, l'Esprit, l'Essentiel.

On peut donc proposer comme traduction : « l'essence fluide » ou « l'Esprit qui coule », «AWEN » représente ainsi une source de force spirituelle, une inspiration poétique, le flux de l'Esprit de l'inspiration.

  • Le Barde Prydydd y Moch du XII ème siècle, identifie « l'AWEN » comme un « don de Dieu ».
  • Dans le conte de Taliesin, Gwyon reçoit « l'AWEN » en absorbant 3 gouttes de la potion du chaudron de Cerridwen. C'est la métaphore de l'inspiration et de la connaissance qui permettent de dépasser les limitations ordinaires, par l'esprit créatif qui est l'essence de « l'AWEN ». « AWEN » est l'inspiration, alors que la Nwyfre est la force vitale, essence subtile qui irrigue tout.
  • Dans un poème que je trouve très beau, le Barde Prydydd y Moch dit :

« L'AWEN je chante, Du fond je l'amène ,Une rivière pendant qu'elle coule.   Je connais son étendue.  Je sais quand elle disparaît, Je sais quand elle se remplit. Je sais quand elle déborde. Je sais quand elle rétrécit, Je sais quelle base il y a sous la mer.»    (mer : sous entendu l'Esprit englobant tout ce qui nous entoure)

  • Chanter le son « AWEN » par groupe de 3 met en harmonie et c'est une méthode pour ouvrir l'esprit individuel à l'Esprit de l'Inspiration. Le chant prend alors la forme d'un long mantra vibratoire, semblable au mantra « AUM ». Dans le cercle druidique, l'union de toutes les fréquences individuelles de chacun exprime une puissante synergie qui facilite l'expression de tout rituel.
  • Chanter « l'AWEN » c'est voir les fils qui nous relient tous, entre ciel et terre. Le son magnifique, souffle Divin, ouvre le cœur et l'âme pour recevoir l'inspiration.


CONCLUSION

La valeur mystique des sons vocaux est liée en grande partie aux processus phonatoires qui interviennent dans leur intonation. Aucun son artificiel a autant d'influence sur le corps et sur l'Âme que peut produire la voix humaine.

Les vibrations émises affectent directement les aspects physiques et psychiques de notre être.

La pratique des sons sacrés permet de dépasser l'espace des mécanismes mentaux. La répétition du son sacré occupe alors tout l'espace, l'activité mentale ralentie, s'apaise, ouvre un champ de perception non conditionnée, au-delà des mécanismes de comparaison et d'intention.

Après toutes ces explications proposées (liste non exhaustive bien-sûr), je me pose la question de savoir si nous avons vraiment besoin de comprendre et de reconnaître les sens des mots ou mantras ?

Comme le son est l'aspect fondamental, l'Essence même de la création, l'assemblage de différents sons en est alors le canevas.

Chaque définition, chaque signification présentée n'est-elle pas de l'ordre de l'intelligence humaine ? Chacun de nous sait très bien que l'on peut parler sans avoir le moindre sens...

A la limite, comme le souligne Sadhguru, « ne pas connaître le sens d'un mantra est la meilleure façon de le chanter » !

Chanter un son sacré, c'est juste prêter attention aux sons, car chanter est une réverbération d'une vibration.

Rappelons-nous que nous sommes chacun un certain motif sonore... en chantant les sons sacrés, nous utilisons alors une certaine combinaison qui devient un point d'accès afin d'ouvrir une porte vers la Création.

Dans notre quête de sagesse, utilisons le son « AWEN » afin de nous harmoniser avec le monde du Divin, et de révéler ainsi, par l'Inspiration, la plénitude de notre être dans toute sa lumière.

Patricia Voiseau-Roquin    / | \